29 juillet 2008
Baricco : Novecento pianiste
Quatrième de couverture
Né lors d'une traversée, Novecento, à trente ans, n'a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit sur l'Atlantique, il passe sa vie les mains posées sur les quatre-vingt-huit touches noires et blanches d'un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n'appartient qu'à lui: la musique de l'Océan dont l'écho se répand dans tous les ports.
Sous la forme d'un monologue poétique, Baricco allie l'enchantement de la fable aux métaphores vertigineuses.
Mon avis : ce récit est fort bien écrit et passionnant, il ouvre les portes sur un univers clos et enchanteur. A découvrir pour le dépaysement!
Giuseppe Pontiggia : deux oeuvres
Écrivain et critique italien. Après une thèse sur la «Technique narrative d'Italo Svevo» Giuseppe Pontiggia écrit trois romans autobiographiques: La Morte in barca (1959), L'Arte della fuga (1968), Le Joueur invisible (1978). Son chef-d'œuvre, Le Rayon d'ombre, paraît en 1988. En 1989, il reçoit le prix Strega pour La Grande Sera (La Comptabilité céleste) où il cultive le dépouillement du style, l'ironie et la sensibilité poétique. Dans deux essais, Le Sabbie immobili (1991) et L'Isola volante (1996), il se livre à une analyse aiguë de la société italienne. Ses chroniques et certaines de ses critiques littéraires, publiées notamment dans le journal Il Sole/24 Ore, sont reprises en volumes: Le Jardin des Hespérides (1996) et I Contemporanei del futuro (1998), Vie des hommes non illustres (1995).
Nés deux fois
La première naissance est celle d'un garçon, Paolo, né handicapé, marqué par des lésions cérébrales et condamné à un pas chaloupé, et celle d'un homme, professeur dans un lycée, qui bascule dans une autre génération, entre dans la paternité de manière douloureuse, refuse une réalité terrifiante. La seconde naissance est celle de ce même garçon qui parvient à s'accepter tel qu'il est, et de son père, accomplissant enfin pleinement son rôle, saisissant à bras le corps ses responsabilités. Entre ces deux naissances… des années. Pour l'un, il s'agit d'apprendre à se mouvoir dans un monde difficile ; pour l'autre, de savoir donner. Et, ici et là, d'éprouver la difficulté de vivre différemment, d'être confronté à la bêtise des autres, aux mesquineries qui ne pardonnent rien à la différence, aux regards méprisants ou à l'indifférence alentour. Giuseppe Pontiggia dédie son livre "aux handicapés qui se battent pour devenir non pas normaux mais eux-mêmes". Une dédicace aussi claire que sa plume est cinglante, sèche, déroulée au gré des souvenirs, en petits tableaux, sur trente années : l'accouchement, les collègues de lycées, les multiples consultations, les médecins et leurs florilèges de diagnostics, l'aversion d'un frère, les vacances...
Mon avis : derrière une facade d'homme un peu bourru, l'auteur nous offre ici un vrai petit bijou plein de tendresse paternelle. C'est très beau! (Je me rappelle avoir lu ce livre pendant qu'on était en train d'opérer mon fils au début de cette année-l'opération assez délicate a duré des heures!-, et j'avais vraiment un tout bon sentiment, tout à fait justifié, par ailleurs!)
Vie des hommes non illustres
quatrième de couverture :
« Il n'est pas d'homme dont la vie ne soit riche de violences, de bouleversements dramatiques et de situations comiques, de moments grandioses, de déchéances et de rédemptions. Giuseppe Pontiggia en apporte une brillante illustration à travers ces dix-huit biographies imaginaires. Dix-huit personnages, hommes ou femmes du XXe siècle, d'origines et de professions diverses, dont il évoque avec une précision d'historien les expériences les plus mémorables : émotions, rencontres, amours, manies, rêves, mésaventures, angoisses, bonheurs.
Au fil de ces brèves chroniques intimes, une constante se fait jour : les événements décisifs d'une existence ne peuvent être réduits à des faits ; ils ressortissent à une mythologie familière et personnelle, à un entrelacs sous-jacent de sentiments, de souvenirs et de désirs secrets, une vie parallèle, souvent clandestine et ignorée
mon avis : très agréable à lire, ces petites biographies fictives et pourtant fort pertinentes!
19 juillet 2008
Deledda : le pays sous le vent
Résumé : Une jeune fille, qui n'avait jamais aimé, est présentée chez ses parents à Gabriele, fils de famille, charmeur et extravagant. Leur brève rencontre crée un lien secret qui hantera la jeune fille, longtemps après le départ de Gabriele vers un destin houleux. Des années après, elle se marie et lors de son voyage de noces, elle croise Gabriele malade, chargé de toutes ses anciennes tentations.
Un extrait :"Bien qu'un point de lumière, que seule la mort pourrait éteindre, illuminât encore le fond de ma conscience, comme l'obscurité d'une forêt touffue bouleversée par la tempête, j'eus envie de pleurer, de me laisser tomber, de me rouler par terre et de crier. Je me rappelai le jour de notre voyage de noces, le sentiment d'éloignement que j'avais éprouvé à l'égard de l'homme dont j'allais partager la vie, et la promesse que je m'étais faite, dans ma solitude intérieure, de ne vivre que par moi-même. La distance qui nous séparait à présent était infiniment plus grande, mais la force et la volonté de pouvoir vivre sans lui, d'être privée de sa foi, étaient complètement anéanties au fond de moi. Mourir : il ne me restait aucune autre alternative, et je m'apprêtais à mourir s'il ne changeait pas d'avis à l'instant."
De l'adoration au désespoir, du calme lumineux de la mer à la violence frénétique du vent, les sentiments et la nature sardes vibrent ici avec la même exaltation, la même démesure. Passion et pudeur farouches, jusqu'au bout.
Mon avis : J'ai beaucoup aimé ce roman, notamment pour cette passion retenue à laquelle le décor d'une nature assez sauvage et merveilleusement décrite, sied parfaitement!
J'ai moins apprécié "dans l'ombre, la mère", cette description d'un amour maternel passionné et exclusif! L'atmosphère assez lourde, voire étouffante dans ce récit, m'a littéralement oppressée!
22 juin 2008
Bufalino : deux oeuvres intéressantes
voici ce que dit l'auteur de son livre :
« Calendes grecques » se dit, comme chacun sait, de jours impossibles, qui jamais n’existeront. Il s’agit ici de jours qui n’ont jamais existé ou ont existé différemment, et que l’auteur invente au fur et à mesure, en développant la parabole d’une vie imaginaire. Imitant ces estampes populaires où sont représentés les divers âges de l’homme du berceau à la tombe, le long d’un escalier qui monte et qui descend. »
voici un extrait du livre :
« Puis, un matin, se sentant à l’étroit dans cet antre exigu, il brûle de s’en échapper. Il devine dans le ventre qui jusque-là était sa patrie un obstacle qu’il force durement de la tête, cherchant en bas la sortie. Des spasmes sauvages, irréfrénables, pareils à ceux qui l’accueillirent, semence, dans les voluptés d’une nuit, secondent sa révolte. Une agonie – la première et avant-dernière agonie de sa vie – le dirige dans la sueur et le sang vers la lumière. Il entend des cris au-dessus de lui, des cris aigus. Et un grondement de cataracte. Mais lui, impavide, use précocement, pour émerger, d’astuce et de violence ; il allonge, aplatit la tête, en rapetisse les fontanelles ; il atténue l’encombrement des os ; il entreprend de se couler, de se glisser le long du boyau mieux que ne saurait le faire entre les barreaux le plus agile des évadés. Attention : l’issue est imminente. Par l’orifice, entre deux jambes écartées et convulsées le petit vieillard fripé apparaît, masse de plis à la peau timide et bleue. Gnome misérable et pleureur, énième feu éphémère, mais aussi écorce et pulpe de vitalité barbare, témoin incomparable qui d’un simple vagissement absout et certifie le monde.
Regardez-le : déjà il enseigne à ses poumons les merveilles de la respiration, il les gonfle, les contracte, les gonfle à nouveau ; il inaugure glorieusement l’air et ses nourrissantes mixtures.
Il est né. Il a commencé à vivre, il a commencé à mourir. »
Mon avis : c'est un livre qui m'a touchée profondément pour l'immense tendresse que contiennent ses phrases. Et ce récit sur le déroulement d'une existence, est remarquablement bien écrit!
J'ai également lu les mensonges de la nuit : un très beau livre sur le thème de la trahison!
L'histoire se déroule en huis-clos, et pourtant elle est pleine de rebondissment et rudement bien pensée!
Je vous le conseille vivement
21 juin 2008
Baricco : océan-mer
Quatrième de couverture
Au bord de l'océan, à la pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde », se croisent sept personnages au destin étrange et romanesque, sept naufragés de la vie qui tentent de recoller les morceaux de leur existence. Mais leur séjour est bouleversé par le souvenir d'un hallucinant naufrage d'un siècle passé et la sanglante dérive d'un radeau. Et toujours, la mer, capricieuse et fascinante...
Avec une époustouflante maîtrise, Alessandro Baricco nous offre à la fois un roman à suspense, un livre d'aventures, une méditation philosophique et un poème en prose.
Mon avis :ce merveilleux roman plein de douceur et de poésie se dévoile au lecteur comme la projection d'un rêve sur l'écran d'un esprit libéré et ouvert au renouveau littéraire! C'est frais et revigorant et imprévu comme l'écume de la vague.......
12 juin 2008
De Luca : Tu, mio
Un été des années cinquante, sur une île au large de Naples, un tout jeune homme tombe amoureux d'une femme beaucoup plus âgée que lui. Un jour, il découvre qu'elle est juive et rescapée des camps. C'est son secret, elle n'en parle à personne. Dans un restaurant, au cours d'un dîner, des touristes allemands se mettent à entonner des chants nazis. La jeune femme ne le supporte pas, et c'est la bagarre dans le restaurant. En signe de vengeance, le jeune garçon met le feu à l'hôtel où logent les touristes. Mais un incendie peut-il « corriger l'histoire » ?
Mon avis : Rédigé par un talentueux écrivain, et remarquablement bien traduit, ce petit roman (plutôt une nouvelle) est très beau dans l'évocation sobre d'un premier amour passionné et fragile...Nous y retrouvons de belles descriptions de paysages intérieurs (ceux de l'âme) et extérieurs....C'est mon roman préféré de De Luca









